Vers la collaboration à l’international
L’insertion des pôles dans une dimension mondiale constitue une nouvelle étape. Cette dynamique d’ouverture est particulièrement efficace en Alsace. Entretien avec François Loos, ministre délégué à l’industrie

Bon nombre d’entreprises privées françaises n’investissent pas suffisamment en R&D.

Comment les pôles de compétitivités nationaux parviennent-ils à pallier ce déficit ?

Les derniers chiffres publiés par l’OCDE confirment que a part du PIB français consacré à la R&D, 2,16 %, est encore insuffisante, et ce n’est pas dans le domaine de la recherche publique, mais celui de la dépense des entreprises que nous sommes en retard. La création des pôles de compétitivité est une réponse structurelle à cette lacune. Il s’agit de mettre sous tension sur un territoire donné toutes les compétences de R&D et de faire émerger des projets supplémentaires par rapport aux plans initiaux des entreprises, grâce au travail en commun des entreprises – grandes et petites – et des laboratoires publics. Le gouvernement met en place des outils d’incitation financière. Le Premier ministre a décidé de doubler la mise sur les pôles de compétitivité, en faisant passer les engagements à 1,5 Md€ sur trois ans. Le bilan sur un an des pôles montre que l’objectif visé, c’est-à-dire la stimulation de la R&D privée est bien atteint. En effet les 540 M€ alloués en un an par l’Etat ont eu un effet de levier important sur la dépense privée : les projets aidés représentent une assiette de R&D de 1,8 Md€.

Les investisseurs sont-ils soumis aux effets de gravitation autour des pôles ?

C’est tout à fait la logique : attirer par gravitation dans les pôles non seulement les investisseurs mais aussi les compétences et les talents. Pour les plus performants des pôles, cet effet de gravitation a déjà commencé : les plus beaux investissements de fonds de capital risque sont souvent des sociétés participant aux pôles de compétitivité. Le Gouvernement vient d’ailleurs d’annoncer une montée en puissance importante des fonds de capital risque et de capital développement au travers du dispositif France Investissement, qui lèvera 3 Mds€ sur six ans. Les pôles de compétitivité devraient attirer une part importante de ces fonds. Dans certains cas des fonds dédiés à des pôles sont mis en place, et l’Etat encourage ce mouvement. Cela a été le cas avec le fonds Minatec Amorçage financé à parts égales par la CDC et le CEA. Dans d’autres cas les pôles peuvent bénéficier d’initiatives déjà mises en oeuvre en région : c’est le cas du fonds Alsace amorçage créé en 2005 avec des fonds de la CDC et qui tout naturellement s’oriente aujourd’hui vers des PME des pôles de compétitivité alsaciens.L’effet de gravitation c’est aussi envers les investisseurs internationaux qu’il s’exerce. L’Agence française pour les investissements internationaux dispose, avec les pôles de compétitivité d’un atout supplémentaire pour « vendre » le territoire France. Un exemple récent est la décision du groupe Saft dans les batteries électriques de s’implanter à Nersac en Charentes au coeur du pôle de compétitivité MTA spécialisé dans les véhicules hybrides. Cet effet de gravitation est donc déjà effectif, mais doit se renforcer dans la durée.


François Loos

Que faites-vous au niveau gouvernemental pour favoriser cette gravitation ?
Autour du pôle innovations thérapeutiques, par exemple ?

Les Forums du financement de l’innovation et de la compétitivité sont eux-mêmes des « machines à gravitation ». Le but premier de ces forums qui sont organisés autour des pôles de compétitivité, c’est précisément de faire venir des investisseurs et d’organiser des rendez vous d’affaires entre eux et les entreprises.L’expérience montre que la formule est efficace : les cinq premiers forum ont permis d’organiser plus de 2000 rendez-vous d’affaire. Je suis convaincu que les entreprises alsaciennes auront autant de succès.
Le pôle mondial innovation thérapeutique en particulier affiche un très bon bilan après un an : 6 projets de R&D pour un budget total de 14,6 M€ ont été retenus au cours des appels d’offre du fonds unique interministériel. Ces projets de R&D sont eux-mêmes des façons directes d’attirer sur le pôle de nouvelles compétences. Par exemple, le projet ANUBIS entre l’IRCAD, Karl Storz et le CNRS va conduire à la localisation d’équipes de R&D de Karl Storz à Strasbourg.

Lorsque vous avez présenté votre politique des pôles compétitivité devant vos partenaires Européens, ceux-ci ont manifesté le souhait d’y être associés.

Avez-vous d’ores et déjà planifié des coopérations européennes ?

Des pôles français développent déjà des programmes de coopération avec des clusters d’autres pays européens. Le pôle « Aéronautique, Espace et systèmes embarqués » de Toulouse coopère étroitement avec le pôle de compétences « Luftfahrtstandort » de Hambourg. Le pôle « agroressources » de Picardie avec le pôle hongrois des biotechnologies de Szeged. Pour amplifier cette dynamique j’ai demandé à nos ambassades, principalement en Europe d’identifier les coopérations possibles et de soutenir les projets de partenariat des acteurs. Elles vont aussi recenser les capacités de recherche et favoriser leurs synergies pour que les échanges entre universités et centres de recherche se développent et que se créent de véritables passerelles de formation.L’Alsace, et c’est votre région Monsieur le Ministre, a adopté une politique de coopération transfrontalière depuis de nombreuses années....

 

La collaboration européenne dans la course à l’innovation pour vous, c’est la clef ?

L’originalité des pôles de compétitivité français est que nous avons retenu, comme critère de leur création, un ancrage territorial fort, ce qui permet une mise en valeur et une mise en commun des ressources locales.

C’est le cas de l’Alsace avec le pôle « innovations thérapeutiques » qui a développé une coopération transfrontalière avec ses voisins allemands et suisses dans le domaine de la chimie, de la génomique et de l’instrumentation médicale.L’étape suivante doit être celle de la mise en réseau au niveau européen des pôles de compétitivité et des clusters, afin d’atteindre une masse critique de recherche et de développement suffisante, pour renforcer la compétitivité du continent européen, en maintenant son industrie au niveau mondial. Un tel réseau serait à même d’identifier des projets industriels communs, de créer des outils communs financiers ou technologiques, et de constituer des plates-formes d’excellence. Ainsi, les résultats de ces recherches transnationales permettraient la réalisation d’économies d’échelle par effet d’intégration ou par effet d’apprentissage, et de mieux contrôler le risque concurrentiel des autres continents.

Pour s’inscrire au forum du 14 décembre prochain :
http://www.forum-financement.com

Ariane Warlin et Fabienne Brasseur