Les biotechnologies,
un secteur ultra stratégique
S’il y a bien aujourd’hui un secteur « stratégique », c’est celui des biotechnologies, notamment dans le domaine de la santé. En effet, plus de 50 % des nouveaux médicaments en sont désormais issus.

Près de 250 millions de patients dans le monde bénéficient des avancées apportées par les biotechnologies, tant au niveau du diagnostic que des traitements. L’Europe a fait de cette industrie du vivant un enjeu majeur, en raison de son potentiel de développement et de son impact, tant économique que social.

On n’a pas fini, ici et là, aux Etats-Unis mais aussi en Europe, d’entendre parler d’innovations thérapeutiques. Plusieurs raisons à cela. D’abord le vieillissement de la population dans les pays les plus développés, avec tout ce que cela entraîne comme soins et produits nouveaux. L’arrivée ensuite de ce qu’on appelle les pays émergents qui vont dynamiser la demande et pousser un peu plus vers les innovations. L’augmentation enfin des budgets Recherche & Développement dans les grands groupes pharmaceutiques pour contribuer à la découverte de nouvelles molécules. Une trentaine enregistrées chaque année.

De l’avis des spécialistes, l’avenir des traitements passera par des combinaisons de médicaments et, à plus long terme, dans 25 ans peut-être, par des pseudo-cellules qui marieront les nanotechnologies, la micro-électronique et la biologie. Elles offriront aux patients, à titre prophylactique ou thérapeutique, des substituts à leurs cellules, leurs tissus, leurs organes. Un vaste champs de recherche.

Un énorme champ de recherche
est en tout cas ouvert. Tous les plus grands laboratoires de recherche et les départements R&D des multinationales de la pharmacie planchent sur le sujet. Mais aussi des centaines, des milliers de PME et autres start-up, créées sur des ruptures technologiques. « Si vous demandez aux patrons de Roche, de Novartis, de Pfizer, de Johnson & Johnson, de Merck... comment ils font pour renouveler leur pipeline de produits thérapeutiques, ils vous répondront tous que c’est grâce aux jeunes entreprises de biotechnologies », affirme Philippe Pouletty, président d’honneur de France Biotech, l’association française des entreprises de biotechnologies et de leurs partenaires.Conséquence de cette redistribution « thé-rapeutique » des cartes, si l’Europe est en retard aujourd’hui par rapport aux Etats-Unis, leader toutes catégories, cela ne veut pas dire que dans 10 ans ou 20 ans, elle ne peut pas reprendre une place de premier plan. A condition de faire des paris technologiques osés mais aussi de s’en donner les moyens.C’est-à-dire une vraie volonté politique d’engager des réformes. Celles de 2004 ont déjà radicalement changé le paysage français de la recherche académique, avec en premier chef l’apparition des pôles de compétitivité.

Favoriser le développement

Aujourd’hui, favoriser localement le dévelop-pement et le maintien des bio-industries nécessite, comme pour toutes les entreprises innovantes d’ailleurs, de réunir des conditions de nature différente : proximité d’un milieu scientifique ouvert aux échanges avec le privé, bassin économique dynamique, soutien des pouvoirs publics notamment locaux, mais aussi une attention particulière portée aux jeunes candidats qui souhaitent se lancer dans l’aventure de la création d’entreprises.

Est-ce toujours le cas ?
L’Europe en général, la France en particulier, souffre de ce que d’aucun appelle une « sous-alimentation financière chronique ». Le statut de la Jeune Entreprise Innovante, adopté par 1600 PME tous secteurs confondus, dont 20 % sont dans le secteur des biotechnologies, statut qui exonère de charges sociales environ 8000 chercheurs et gestionnaires de projets de R&D employés dans ces entreprises, est sans aucun doute une avancée importante. Au même titre que la mise en place, en Allemagne, en partenariat avec de grandes entreprises industrielles, d’un fonds pour les créations d’entreprises dans le domaine de la haute technologie. Ou encore ces textes émanant de la commission européenne et qui autorisent désormais à donner des aides d’Etat à de jeunes entreprises dédiées à l’innovation.

Alain Maurice